Avec la fermeture des écoles pour un mois, les parents et les enfants se retrouveront théoriquement à la maison jusqu’au 11 mai… Et ce n’est pas si simple !
Pas de quoi s’étonner si beaucoup de familles se retrouvent désemparées : entre le télétravail à gérer, les impératifs professionnels et la supervision des devoirs, la liste des tâches semble soudain interminable. Personne n’a signé pour devenir professeur du jour au lendemain, et cette bascule soudaine vers l’enseignement en ligne révèle aussi les failles du tout-numérique, loin d’être la panacée qu’on nous promettait.
Après une phase de flottement, d’improvisations et de bugs récurrents, il faut bien s’organiser. Voici quelques repères concrets pour traverser cette drôle de période sans y laisser toute votre énergie, et en gardant, autant que possible, un climat apaisé à la maison.
1, Où trouver les cours ?
La plupart des enseignants restent accessibles via l’espace numérique de travail de l’établissement ou par email, mais il existe d’autres ressources à explorer.
Pour s’y retrouver, l’Éducation nationale propose plusieurs alternatives :
- Ma classe à la maison (classes virtuelles) : encore faut-il réussir à se connecter au site…
- Lumni.fr, la plateforme de France TV, regorge de contenus gratuits adaptés à tous les âges
Mais il y a un mais : tout cela suppose d’avoir un ordinateur qui tienne la route et une connexion Internet fiable. Pour les familles moins équipées ou celles vivant dans des « zones blanches », l’accès devient vite un casse-tête. Et même pour les mieux lotis, les plateformes telles que l’ENT montrent vite leurs limites : serveurs saturés, devoirs qui mettent une éternité à se télécharger… La galère est collective, personne n’est seul face à ces blocages techniques.
2, Du parent au super enseignant : comment ça se passe ?
S’imaginer endosser la casquette de professeur sans y être préparé, c’est s’exposer à la frustration. Aucun parent ne peut prétendre tout maîtriser, ni incarner ce modèle irréprochable qui pilote chaque apprentissage au millimètre. On n’est pas à l’école, et ce n’est pas grave si tout n’est pas parfait.
Alors, quelle posture adopter ?
Plutôt que de jouer les professeurs, mieux vaut s’imaginer en documentaliste ou en accompagnateur : on met à disposition les ressources, on soutient, on encourage, et on répond aux questions quand on le peut. Pour le reste, l’essentiel est d’avancer ensemble, sans pression démesurée.
Et si vos souvenirs de trigonométrie sont lointains, rien de dramatique ! Accompagner son enfant ne veut pas dire suivre intégralement le programme de la maternelle à la terminale. Parfois, demander à son fils ou sa fille d’expliquer la leçon du jour permet d’éclairer ce qui a été compris ou non. L’inverse des rôles fonctionne bien : l’enfant se fait pédagogue, le parent élève curieux. C’est souvent dans la transmission qu’on clarifie ses propres connaissances.
Ce bouleversement du quotidien n’a été anticipé par personne, pas même par l’institution scolaire. Chacun fait ce qu’il peut, avec les moyens du bord. L’indulgence doit être la règle, envers son enfant, d’abord, qui apprend à vivre à un autre rythme, mais aussi envers soi-même. Aucune formation ne prépare à cette situation, et l’apprentissage se fait, au fond, à tâtons.
Ce qui compte, c’est de montrer à son enfant qu’il peut compter sur le soutien de ses proches. Passer plus de temps ensemble, même dans le flou, crée un climat propice à la confiance. Le retard sur le programme n’est pas dramatique : ce qui restera, c’est ce lien renforcé par l’épreuve.
Quelques leviers pour mieux vivre l’école à la maison
Certains repères peuvent aider à installer une dynamique plus sereine :
- Oublier les horaires rigides du collège : inutile de s’astreindre à une journée de 8h à 17h. Profitez de la souplesse offerte par la maison pour adapter le rythme.
- Expérimenter différentes organisations : à quelle heure votre enfant est-il le plus concentré ? À quel moment faut-il faire une pause ? Testez, discutez, ajustez !
- Impliquer votre enfant dans la gestion de ses objectifs : parlez avec lui de ce qu’il souhaite accomplir, laissez-le exprimer ses envies et ses inquiétudes. Responsabiliser, c’est aussi apaiser.
- Accueillir ses doutes et ses tensions : la pression scolaire continue de peser, les bugs informatiques démoralisent. Offrir une écoute bienveillante permet de désamorcer certaines angoisses.
- Établir une liste d’objectifs pour la journée : cela structure le temps et permet à votre enfant de mesurer le chemin parcouru. Un exemple : « Il est 10h30, pour les 45 prochaines minutes, je vais relire la leçon (15 min), résoudre trois exercices (10 min chacun), puis faire une courte pause. Ensuite, je comparerai mes réponses avec celles du corrigé pendant 30 min. »
L’enjeu n’est pas de battre un record de productivité, mais d’aider chaque élève à trouver son propre fonctionnement. Le but : comprendre si ce rythme lui convient, s’il faut l’aménager, et comment progresser au fil des jours. Ce regard expérimental transforme l’apprentissage en terrain de découverte, sans stress de l’échec, mais avec l’idée que chaque tentative nourrit l’autonomie.
En résumé : Quoi qu’il en soit, c’est un gâchis !
L’école à la maison ne sera jamais un copié-collé de l’école traditionnelle. Accepter ce flottement, c’est déjà faciliter la transition. Ce qui compte, ce n’est pas tant la quantité de notions abordées que la capacité de votre enfant à apprendre à s’organiser, à mieux se connaître, à tâtonner et à rebondir. C’est une occasion rare pour chacun de découvrir ses propres ressources, d’apprivoiser l’incertitude et, peut-être, d’en sortir grandi. Si le désordre règne temporairement, il y a aussi, au bout du chaos, la promesse d’une autonomie nouvelle, et la certitude que personne ne pouvait en demander davantage.

