Le secteur financier n’a jamais vraiment aimé les remises à plat. Pourtant, le label ISR s’apprête à vivre une mue qui va bousculer les repères établis. Depuis 2016, ce label, né sous l’égide du ministère de l’Économie et des Finances, propose une autre manière d’investir : viser la rentabilité, certes, mais en intégrant la responsabilité sociale au cœur de la stratégie. Conçu d’abord pour les OPCVM axés actions et obligations, il a fini par inclure en 2020 les fonds alternatifs et immobiliers. Ce changement, salué à l’époque, ouvrait la voie à une vision plus large, loin des seuls tableaux Excel.
Fin 2022, la France affichait 1134 fonds labellisés ISR. Ce n’est pas juste un chiffre sur un rapport : c’est le signe que de plus en plus d’acteurs préfèrent soutenir des sociétés de gestion tournées vers l’avenir, et cherchent désormais du sens dans les choix d’épargne. Derrière cette poussée figurent des décisions concrètes : délaisser la course exclusive au rendement pour soutenir une économie plus responsable.
Le fonctionnement de ce label n’est pas resté figé. Après un ajustement en 2021 pour mieux répondre aux attentes du marché, une refonte s’annonce cette année encore. L’idée affichée : reprendre le flambeau d’une finance vraiment responsable, avec des critères plus exigeants et un contrôle plus aigu. Pourtant, les débats sont loin d’être clos.
Certains acteurs du secteur expriment de sérieuses réserves. Selon eux, la nouvelle version s’avérerait bien trop stricte, au point de décourager certaines initiatives. Ce qui fait débat ? Le durcissement des exclusions. Certains professionnels auraient préféré favoriser l’évolution progressive par la pédagogie ou la discussion plutôt que d’ériger des barrières impénétrables. Pour eux, l’accompagnement et l’échange porteraient plus loin qu’une sélection par élimination, surtout auprès des sociétés désireuses de progresser sur l’ISR.
Mais la crispation ne tourne pas seulement autour des exclusions. La question du greenwashing revient une fois encore sur le devant de la scène. Le reproche ? Encore trop de gestionnaires surfent sur la vague responsable sans efforts réels. Justement, la réforme entend serrer la vis : désormais, toute société souhaitant obtenir le label devra présenter un plan clair et détaillé pour faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre. Fini les effets d’annonce, place aux engagements concrets, avec des preuves à la clé. Ce label n’est plus simplement une étiquette : il doit devenir la garantie d’un engagement mesurable.
La nouvelle version du label ISR va remodeler profondément les habitudes d’investissement dans les mois qui viennent. Les règles du jeu se durcissent, les contrôles s’intensifient. C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre : entre nouvel élan et risques de blocages, le secteur va devoir arbitrer. Désormais, la finance responsable ne pourra plus se contenter de discours bien léchés ou de façades repeintes en vert. Il s’agit d’assumer ses choix et de faire vivre ses convictions, au-delà du simple macaron sur les plaquettes.

